Silence on tourne à l’île Maurice !

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S.E. Joël Rault, précédent Ambassadeur de la République de Maurice est aujourd’hui à la tête d’un cabinet de conseil dont les axes principaux sont l’accompagnement d’entités françaises sur des investissements mauriciens et africains. Il représente également des Groupes mauriciens sur le territoire européen. Son ambassade « privée » est sans conteste un catalyseur des relations économiques Nord-Sud.

Il nous éclaire sur l’industrie du film à l’île Maurice.

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En 2012, vous étiez à l’origine du régime destiné à attirer des investissements dans l’industrie du film à Maurice. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ?

L’île Maurice a toujours eu une politique de diversification économique. Très vite après son accession à l’indépendance en 1968, l’île s’est lancée dans de nouvelles industries pour arriver aujourd’hui à une situation où aucun pilier de l’économie, pris isolément, ne représente plus de 15% du PIB.

Dans cet esprit, lorsque j’étais Premier Conseiller au Ministère des Finances, nous avons beaucoup réfléchi à la mise en place d’un régime favorable à la production cinématographique à l’île Maurice. Cette démarche faisait suite à des rencontres avec certains professionnels du cinéma qui s’accordaient sur le fait que l’île remplissait tous les critères scénographiques et sécuritaires nécessaires aux productions.

Il manquait l’élément financier et nous avons donc fait une modélisation de ce que pourrait être un film rebate « à la mauricienne » afin de prendre des parts de marché de la production internationale. Une des conclusions de cette projection était que l’effet multiplicateur de cette industrie sur l’économie était conséquent. De fait, nous avons suivi une tendance mondiale qui s’est confirmée car il y a eu une croissance mondiale de plus de 12% dans la production de films entre 2012 et 2016. Cette tendance se confirme année après année et l’avènement des productions de films et de séries en flux continue sur internet ne fait qu’alimenter ce mouvement.

Quelles sont les grandes lignes de ce Film Rebate Scheme mauricien ?

Il repose sur le remboursement de 30 à 40% des dépenses autorisées pour toute production de film entreprise à l’île Maurice. Ce remboursement se fait directement par le Trésor Public mauricien à l’issu d’un processus d’audit en fin de production. A noter qu’il y a des planchers quant à l’admissibilité de certaines productions (150 000 euros ou 1 million d’euros selon les cas). Par contre, et c’est ce qui démarque le régime mauricien de beaucoup de ses concurrents, il n’y a pas de plafond sur le budget de production. Cette absence de limite permet aux grosses et très grosses productions de s’intéresser au régime mis en place comme cela a été le cas pour le film Serenity de IM Global en 2017.

Avec l’augmentation de la production cinématographique mondiale, corrélée par une hausse des budgets et des risques, les sociétés de production comparent systématiquement les régimes incitatifs qui leur sont proposés dans différents pays et évaluent les avantages afférents. Les incitations financières, fiscales et leurs assiettes, les critères d’éligibilité des productions, l’existence éventuelle de planchers ou de plafonds financiers sont autant d’éléments cruciaux dans la prise de décision. De plus, la réactivité des Autorités et des prestataires de services ainsi que la capacité d’exécution rapide, sans oublier, bien sûr, la réputation du pays sont des critères additionnels que nous avions à l’esprit lors de l’élaboration de notre Film Rebate Scheme.

N’est-il pas un régime d’incitation de plus dans une industrie déjà bien installée ?

Il est vrai qu’aujourd’hui il existe presqu’une centaine de pays ou de régions qui offrent des régimes incitatifs, mais fort est de constater que Maurice propose actuellement un des scheme les plus intéressants avec des taux de remboursement allant jusqu’à 40% depuis 2016.

De plus, étant « nouveau » sur le marché, Maurice propose des sites de tournage encore inexploités et pas encore vulgarisés auprès du grand public, que ce soit au niveau des paysages de plage, de forêt tropicale, de savane, et même de paysages urbains avec des vestiges historiques et des constructions totalement contemporaines, ce qui permet un renouveau voire une exclusivité pour les productions. Le sentiment de déjà-vu est de facto éliminé.

Des critères naturels tels le climat permet aussi de tourner 12 mois sur 12 à Maurice, assurant de longues journées de prise d’images, sans souffrir non plus des changements de saison.

Il est aussi important de noter que cette industrie se greffe de façon assez logique sur notre centre financier et un grand nombre de montages peut se prévaloir de nos nombreux traités permettant d’éviter la double imposition. 

Les prestataires de services présents sur place ont-ils été capables de s’aligner sur les exigences de l’industrie ?

Les prestataires financiers sont impliqués à plusieurs niveaux, tout d’abord pour la structuration des sociétés de production, en passant par les différentes démarches administratives et réglementaires, jusqu’à l’audit des dépenses encourues par les sociétés elles-mêmes en vue du remboursement. L’Afrique du Sud, à quatre heures de vol de Maurice, a beaucoup inspiré les prestataires mauriciens et de nombreuses sociétés sud-africaines sont aujourd’hui installées sur l’île Maurice dans ce domaine. Les prestataires financiers, à côté des banques et des assurances, permettent aujourd’hui non seulement de transformer le remboursement a posteriori du rebate en avance sur trésorerie, mais ils agissent aussi au niveau de la recherche de financement pour les productions. Un fonds privé dédié à la production cinématographique est en cours de constitution.

Ensuite, s’agissant de la main d’œuvre locale, elle mérite d’être davantage formée et des écoles sont, à juste titre, en cours d’installation. Il y a ici une opportunité pour que des écoles de formation dans les métiers du cinéma s’y installent. En attendant, l’industrie peut également compter sur le savoir-faire sud-africain.

Enfin, en ce qu’il s’agit de la disponibilité d’équipements et de l’assistance technique, le marché se développe et s’adapte de façon à offrir une chaîne de valeurs complète aux producteurs.

Il est donc clair que les prestataires financiers se sont vite adaptés aux besoins, mais qu’en est-il de l’infrastructure physique ?

Aujourd’hui, hormis les tournages en plein air sur les divers sites que propose l’île, un studio aux normes internationales verra très prochainement le jour sur un site de plus de 10 hectares. Ce projet idéalement situé est mené avec professionnalisme par un des plus importants groupes présents sur l’île et il révolutionnera le secteur en venant compléter l’offre mauricienne en termes d’infrastructures.

Le Studio Babelsberg, studio européen de renom, s’associe à cette démarche visionnaire et à ce titre, il serait certainement judicieux pour certaines maisons de production françaises de s’intéresser également à ce projet.

Mon cabinet intervient auprès de sociétés françaises susceptibles de participer à cette aventure afin d’apporter un éclairage sur ce qui se fait à l’île Maurice, tant au niveau privé que public.

Aucun régime n’est parfait ; quelles seraient les faiblesses du régime mauricien ?

Comme mentionné plus haut, la formation est un challenge à relever et il est important d’avoir une stratégie intelligente de développement du capital humain.

La seconde carence qui est celle de l’absence de studio et d’un site agissant comme hub et comme facilitateur est, comme vous l’avez compris, en passe d’être résolue.

Votre société, Hermès Advisory, était très visible au MIPCOM l’année dernière et au Festival de Cannes. Vous positionnez-vous comme la porte d’entrée française de cette industrie en plein essor dans votre pays ?

Oui, en effet, ma société agit comme tremplin entre l’île Maurice et le reste du monde, mais pas uniquement au niveau cinématographique.

Nous accompagnons les sociétés étrangères dans tous les secteurs d’activité afin de les guider dans la pénétration du marché mauricien et nous accompagnons certaines sociétés mauriciennes dans leurs développements en Europe. Nous avons la meilleure lecture qu’il soit de l’activité économique mauricienne, tant au niveau public que privé, et nourrissons au quotidien nos relations avec les principaux acteurs du pays.

Bien que nous soyons les seuls basés en permanence en France et à Maurice, nous ne sommes pas la seule entité mauricienne à promouvoir l’industrie du cinéma ; l’État mauricien déploie également des efforts sur des actions ponctuelles.

Vous étiez quand même l‘unique invité à la table d’honneur, assis aux côtés du maestro de la Caméra d’or à la soirée de gala au festival de Cannes cette année…

C’est un fait (sourire) et cela a été très apprécié. C’est un ami très cher et un passionné de cette industrie ; un homme de valeur au regard de sa grande expérience. Il a énormément contribué à la visibilité à la destination Maurice pendant et après le Festival de Cannes.

Je suis convaincu de l’attrait du régime incitatif mauricien et je suis ravi d’accompagner les professionnels de cette industrie dans des projets qui méritent toute l’attention et tous les égards qui leur sont dus.

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